Commentaire sur l'actualité : avoir le courage de nommer les choses pour mieux défendre la tolérance
En plus de dix années de
conduite, je n'ai été intercepté qu'une seule fois. Pendant ce temps, certains
citoyens sont contrôlés dix, vingt ou trente fois par année en raison de la
couleur de leur peau. Je vous invite à écouter une entrevue réalisée ce matin
chez Patrick
Lagacé avec Stanley Bastien au 98,5FM.
Les émotions ne sont jamais les
meilleures conseillères, mais elles ont parfois leur utilité. Elles permettent
de traduire un ras-le-bol, de mettre des mots sur une indignation et de dire
collectivement : « Ça suffit ! »
Les événements récents,
impliquant des policiers accusés d’avoir humilié, insulté ou traité
différemment des citoyens issus de minorités visibles, ont de quoi choquer.
Au-delà du choc médiatique, ils nous obligent à regarder une réalité qui
dérange : tous les citoyens ne vivent pas leur rapport aux institutions de la
même manière.
Le débat sur les mots semble
parfois prendre plus de place que la réalité qu'il cherche à décrire. Le terme
« racisme systémique » dérange, certains le rejettent immédiatement alors que
d'autres y voient une évidence.
Puisque ce mot bloque la
discussion, parlons alors de discrimination systémique.
Lorsqu'une personne est traitée
différemment en raison de son origine ou de sa couleur de peau, c'est de la
discrimination.
Si cette situation se répète de
manière récurrente à travers des pratiques, des habitudes institutionnelles ou
des biais qui produisent toujours les mêmes effets sur les mêmes groupes, le
phénomène est systémique.
Le problème n'est donc pas
seulement l'intention d'un individu, mais plutôt un résultat observable et
quantifiable, comme c’est le cas du profilage racial.
Face à cela, le déni volontaire
ou le silence ne feront jamais disparaître une réalité vécue par bon nombre de
nos concitoyens.
L’effritement de la tolérance
Ce qui me préoccupe également,
c'est le climat social dans lequel ces situations prennent place. La tolérance
demeure une valeur largement revendiquée, mais sa pratique s'effrite,
particulièrement sur les réseaux sociaux (qui est parfois le reflet des biais,
des préjugés et des pensées désinhibées en raison de l'écran et de la
distance).
Sous les publications des
politiciens ou des journalistes, les insultes abondent et les raccourcis
intellectuels remplacent la réflexion. Les individus y sont réduits à leur
origine, à leur religion ou à leur culture (bien évidemment, certains
commentaires disparaissent grace aux filtres humains ou robotisés, mais la
réalité demeure).
J'en ai moi-même été témoin à la
suite d'un texte publié récemment. Certes, je m'attendais à des désaccords
sains et démocratiques, mais j'ai également fait face à des commentaires
injurieux et xénophobes (exemple : « Qu'elle retourne vivre dans son pays », «
L'islam est une maladie mentale » ou « Ils ne veulent pas s'intégrer », etc.)
Soyons clairs : ces propos ne
constituent pas une critique légitime d'une idée mais ils visent directement
des êtres humains et expriment le rejet de l'autre.
Une société libre doit être
capable de critiquer les religions, les idéologies et les croyances. C'est une
condition essentielle de notre liberté d'expression, mais critiquer une
religion n'est pas la même chose que mépriser les personnes qui la pratiquent.
Critiquer une idée n'autorise pas à déshumaniser ceux qui pensent différemment.
Tout comme arrêter des individus en raison d'une couleur de peau ou d'une
origine ethnique n'est pas faire respecter la loi.
Nommer et refuser l’intolérance
Nous devons avoir le courage de
nommer les choses.
Oui, le racisme existe.
Oui, le profilage racial existe.
Oui, l'intolérance existe.
Reconnaître ces réalités ne
signifie pas que tous les policiers sont racistes ou que toutes les
institutions sont discriminatoires. Ce serait une généralisation fautive et
absurde.
Cela signifie simplement que
certaines personnes vivent des injustices que d'autres ne connaissent pas, et
que nous avons le devoir de les écouter lorsque ces faits sont documentés et
observables.
Une société juste ne se construit
pas en niant les problèmes ou en adoptant des « solutions spectacles » et des
déclarations politiques vides de sens pour ne pas froisser certains groupes.
Elle se construit en
reconnaissant notre humaine dignité au-delà de nos différences.
Je veux que mes enfants puissent
grandir dans une société libre, tolérante, ouverte, et qu'ils ne soient jamais
jugés parce qu'ils sont issus de parents immigrants (t ce, même si lorsque je
parle, j'ai un accent qui m'a déjà valu des remarques désobligeantes il y a
quelques années).
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