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Affichage des articles du avril, 2026

L'Atelier des idées #3 : Analyse systémique et intersectionnalité

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Ces dernières années dans le débat public, nous avons pu entendre à plusieurs reprises certains concepts. C’est le cas surtout de l’intersectionnalité qui est vue pour quelques-uns comme une idéologie ou encore un « danger » au vivre-ensemble (un autre concept qui serait utile de définir d’ailleurs).  Dans cet Atelier des idées , il apparaît donc nécessaire de revenir à l’essentiel : définir et clarifier deux concepts souvent mobilisés, mais rarement explicités, à savoir l’intersectionnalité et l’analyse systémique. L’analyse systémique Ce concept vient de la théorie des systèmes développée notamment par Ludwig von Bertalanffy (biologiste et philosophe autrichien, 1901-1972). L’idée est d’avoir une méthode permettant une analyse globale d’un phénomène dans un rapport de systèmes. Ces systèmes sont d’ailleurs interconnectés et ne vivent pas isolément. Il existe des influences entre eux. Mais qu’est-ce qu’un système ? Il s’agit d’un ensemble d’éléments qui interagisse...

Un concept dans la réalité : la théorie du ruissellement

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Deux articles sont parus récemment, l’un disant que 34 % des personnes doivent s’endetter pour manger et un autre article énonçant que d’ici 2031, il devrait y avoir 16 milliardaires de plus au Canada. Ces articles démontrent les difficultés grandissantes des classes sociales les moins nanties mais également de ce que nous pouvons encore appeler, pour le moment, la classe moyenne (elle commence, à mon avis, d’avoir de moyenne que le nom). Mais, de l’autre côté, des entreprises et des individus qui deviennent de plus en plus riches. Ce phénomène me permet de vous introduire le concept de la « théorie du ruissellement ». Un peu de théorie La théorie du ruissellement, ou nommé tricke down en anglais, est un concept économique suggérant qu’en favorisant l’enrichissement des riches va nécessairement, par un effet de domino, produire de la richesse bénéficiant aux classes moyennes et/ou inférieurs. Un peu comme un ruisseau, l’eau tombe du sommet pour aller vers le bas. Cet...

Dimanche Philo : Montaigne, ou l’art de penser entre les écoles

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La philosophie est trop souvent vue comme une discipline académique, en silos et reprenant les mouvements de pensées se juxtaposant dans une forme de suite chronologique. Elle est devenue comme une forme de catalogue, il suffit pour cela de prendre des livres d’histoire de la philosophie pour se rendre compte de cette découpure.  Pourtant, la vie est complexe et l’évolution des pensées se fait par soubresauts, par interrelation et de manière plastique. À cet égard, Michel de Montaigne (1533-1592) apparaît comme une figure exemplaire, dont la pensée échappe aux classifications rigides.   La lecture de Nos affections s’emportent au-delà de nous (Essais, livre I, chapitre 3) permet de saisir cette dynamique articulée brillamment entre le réalisme tragique, la discipline du stoïcisme et l’intuition existentialiste. Le tragique comme condition humaine Être tragique, c’est essayer de voir le monde tel qu’il est, et non comme nous voudrions qu’il soit. Il est question d’un constat...

Réflexion : voir avant de juger, la crise contemporaine du jugement

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Certains évènements suscitent des controverses inattendues ; et d’autres, au contraire, sont prévisibles. Mais cette controverse est parfois plus révélatrice de la psyché et de la morale ambiante dans une société. C’est dans cet esprit que je souhaite énoncer une réflexion quant à l’annulation d’un documentaire traitant de la question trans dans un cinéma au Québec. Sans avoir vu le contenu réel, sans avoir pris connaissance des entretiens, des exposés énoncés dans ce documentaire de près de 2h, les réactions ont été : appels à la censure, condamnation morale, pressions publiques et menaces envers le propriétaire des lieux. Une question simple devrait alors s’imposer : comment juger ce que l’on n’a pas vu ? Nous assistons alors à un renversement de la logique discursive. Nous jugeons avant même d’avoir vécu l’expérience. Nous condamnons avant même d’avoir les éléments tangibles permettant une analyse critique et raisonnée.  Ce glissement n’est pas anodin : il eng...

L'Atelier des idées #2 : sophisme et paralogisme

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Dans le Dimanche Philo du 19 avril 2026, j’ai abordé la question de savoir si, dans nos échanges quotidiens, nous pouvions être considérés comme des sophistes malgré nous. J’y utilisais une distinction entre “sophisme intentionnel” et “sophisme non intentionnel” afin de rendre compte de la manière dont les biais cognitifs et le bruit influencent nos raisonnements. Une remarque pertinente m’a toutefois été faite : dans la tradition logique, l’erreur de raisonnement involontaire ne relève pas du sophisme, mais plutôt du paralogisme. Cette précision n’est pas simplement terminologique : elle permet de mieux structurer ce que nous faisons réellement lorsque nous discutons, argumentons ou débattons. C’est à partir de cette distinction que je souhaite consacrer cet atelier des idées à deux notions essentielles de la logique argumentative : le sophisme et le paralogisme. Le sophisme : l’erreur comme stratégie argumentative Depuis Aristote, le sophisme désigne un raisonnement faux ou...

Dimanche philo : sommes-nous tous des sophistes ? De la machine à justifier à l'art de la nuance

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Les sophismes nous entourent et font partie de notre vie sans que nous nous en rendions véritablement compte. En effet, bien souvent, les gens ont tendance à croire que les raccourcis, les techniques de combat intellectuels pour gagner un débat ne sont que l’apanage des politiciens, des avocats ou de certains professionnels. Mais, en réalité, nous sommes un peu des sophistes, sans le savoir parfois. La réponse courte alors à la question de savoir si nous sommes tous des sophistes, c’est oui. La réponse longue, elle, nous oblige à regarder en face notre « machine à justifier ».  Les rouages de notre égo Les êtres humains aiment avoir raison. Cette inclinaison se manifeste dans la majorité des échanges : lorsque nous discutons avec autrui, nous cherchons moins à explorer une question qu'à faire valoir nos positions, nos idées et notre opinion.  Sans être nécessairement volontaire et conscient, ce mécanisme met de l'avant le besoin de la stabilité cognitive de chacun. ...

Le pouvoir et le peuple : les quatre visages de la légitimité

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Au Québec, ce dimanche 12 avril 2026, suite à la démission de François Legault comme chef de parti, et par conséquent de son poste de Premier ministre, il y a eu une nouvelle élection au sein de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Une élection ayant eu pour effet, dans notre système institutionnel, de propulser la nouvelle cheffe du parti au poste également de Première  ministre du Québec, et de tous les Québécois et Québécoises.  Face à une telle situation, prenons un peu de hauteur avec une question philosophico-politique : un chef de parti élu uniquement par des membres possède-t-il la légitimité nécessaire pour être le Premier ministre de l'ensemble du Peuple ? La distinction entre légitimité et légalité Avant toute chose, il est nécessaire de faire la différence entre les notions de légitimité et légalité. La légitimité est la conformité par rapport à des valeurs éthiques et morales. Elle dit ce qui peut être considéré comme juste ou équitable. Par contre, la légalité ne di...

L’Atelier des idées #1 : la politique et le politique

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Pour ce premier rendez-vous consacré aux idées et aux concepts, je vous propose de décortiquer deux mots qui s'entrechoquent souvent, et parfois se confondent afin de mieux comprendre et devenir des citoyens plus alertes.  Nous allons ici regarder brièvement et simplement la différence entre LA politique et LE politique. À première vue, il n'y a qu'une lettre qui change, mais en réalité, c'est tout un univers de sens qui bascule.  1. La politique (féminin)  La politique fait référence à l’action politique et le terrain visible de la vie collective. Elle renvoie aux activités concrètes menées par divers acteurs : les partis, les débats, les stratégies, les décisions gouvernementales, la défense des intérêts, les conflits ou encore les rapports de force. Ainsi « faire de la politique », c’est intervenir dans l’espace public pour convaincre, gouverner, s’opposer et proposer. C’est agir, ou prétendre agir, pour l’intérêt collectif dans le quotidien et dans l’...

Dimanche Philo : le frottement des idées est indispensable

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Dans la lignée des controverses créées cette semaine sur l’entrevue donnée par un élu auprès d’un média jugé trop à droite, il me semblait important de prendre un peu d’hauteur et réfléchir au principe de la liberté d’opinion et d’expression. Pourquoi ne pas aborder alors ce thème avec un grand penseur du 19 ème siècle, John Stuart Mill et son livre De la liberté ? À l’heure des réseaux sociaux et des algorithmes, trop souvent, nous sommes plongés dans une sorte de chambre d’écho ou de bulles informationnelles (idéologiques aussi). Dès lors, il est parfois nécessaire de se faire violence et d’aller lire, écouter et discuter avec des personnes pensant, agissant et voyant le réel autrement que nous. Changeons nos lunettes de lecture, comme aimait à le dire l’un de mes professeurs pendant mes études en travail social. J.S. Mill est un philosophe utilitariste et précurseur du libéralisme, ayant vécu de 1806 à 1873, et auteur de plusieurs ouvrages comme De la liberté (1859), L’utilitar...

Dimanche Philo - Montesquieu : la séparation des pouvoirs et la clause dérogatoire

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Récemment, dans un article d’opinion paru dans le journal Le Devoir, une avocate a fait appel au penseur Montesquieu et sa théorie de la séparation des pouvoirs pour parler notamment de la clause dérogatoire appliquée par le gouvernement du Québec. Pour certains, l’usage d’une telle clause est nécessaire et légitime, alors que d’autres y voient un potentiel de dérives autoritaires et antidémocratiques. La séparation des pouvoirs Dans son livre, De l’esprit des lois , datant de 1748 et faisant plus de 1000 pages, le philosophe français effectue une étude sociologique et historique des divers types de gouvernement en les classant en trois classes : le gouvernement monarchique basé sur l’honneur, le gouvernement de république ou démocratique basé sur la vertu, et le gouvernement despotique basé sur la terreur. On pourrait même parler d’une quatrième sorte en divisant la démocratie en deux composantes possibles : la république démocratique et la république aristocratique. Dans l...

Lire à l’opposé de sa pensée

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Cet article a initialement été publié dans la section Dialogue de La Presse le 1er février 2024. Je le partage ici car il illustre l'un des piliers de ce blog : la nécessité de se confronter à l'altérité pour enrichir notre propre réflexion. Image générée par IA Il n’y a rien de pire, pour la pensée libre et critique, que d’adhérer aveuglément à une idéologie. Certes, cela peut s’avérer plus facile, car l’objectif de cette dernière est de tracer un chemin, un schème de pensée prémâché. Mais le réel est plus complexe, la vérité ne se trouve jamais vraiment à droite ou à gauche. Le réel est fait de nuances. Ce dimanche 28 janvier 2024, François Cardinal, éditeur adjoint de  La Presse , a rédigé un texte d’une grande importance ⁠ 1 . L’idée est de savoir si nous lisons, faisons l’effort d’écouter et de prendre connaissance des idées différentes des nôtres. Sommes-nous enfermés dans nos petites cellules de pensée ou sommes-nous ouverts à véritablement débattre, au pér...