Un concept dans la réalité : la théorie du ruissellement
Deux articles sont parus récemment, l’un disant que 34 % des personnes doivent s’endetter pour manger et un autre article énonçant que d’ici 2031, il devrait y avoir 16 milliardaires de plus au Canada.
Ces articles démontrent les difficultés
grandissantes des classes sociales les moins nanties mais également de ce que
nous pouvons encore appeler, pour le moment, la classe moyenne (elle commence,
à mon avis, d’avoir de moyenne que le nom). Mais, de l’autre côté, des
entreprises et des individus qui deviennent de plus en plus riches.
Ce phénomène me permet de vous
introduire le concept de la « théorie du ruissellement ».
Un peu de théorie
La théorie du ruissellement, ou
nommé tricke down en anglais, est un concept économique suggérant qu’en favorisant
l’enrichissement des riches va nécessairement, par un effet de domino, produire
de la richesse bénéficiant aux classes moyennes et/ou inférieurs. Un peu comme
un ruisseau, l’eau tombe du sommet pour aller vers le bas.
Cette théorie a été formulée
notamment par l’économiste Arthur Laffer, et ensuite reprise pour la première
fois par le président américain Ronald Reagan dans les années 80. D’autres ont
bien évidemment suivis en Angleterre par exemple en préconisant des réductions
d’impôts pour les plus riches.
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Quelle est l’idée majeure ?
Selon Laffer, si les riches paient
trop d’impôts, ils ne peuvent pas créer de richesses et gagner de l’argent. C’est
la fameuse phrase « trop d’impôts, tue l’impôt ». La baisse des
impôts est donc nécessaire pour permettre, dans un phénomène de causes à effet,
des investissements majeurs, créant ainsi des emplois, engendrant une plus
forte croissance et ce, dans le but de l’intérêt général de la population (des
plus précaires et de la classe moyenne surtout).
En France, comme dans d’autres
pays, cette théorie est parfois rappelée. Ainsi, si nous regardons au Québec, certaines propositions politiques, notamment celles du Parti conservateur du Québec, s’inscrivent partiellement dans cette logique.
Cependant, dans un cadre de l’impôt
progressif, à qui réellement la réduction d’impôt profite-t-elle ?
Est-ce que cette théorie
économique fonctionne dans le réel ?
Le Fond Monétaire Internationale
a dénoncé et a nuancé cette idée car elle ne produit pas réellement les effets escomptés.
De fait, bien souvent quand les riches gagnent plus, ils économisent ou vont placer
leurs avoirs dans des paradis fiscaux (ou des endroits de fort rendement). L’argent
ne revient pas, comme par magie, dans des mécaniques permettant au plus démunis
ou à la classe moyenne d’en recevoir des bénéfices.
C’est ici que les deux articles
mentionnés au départ prennent tout leur sens.
Si la théorie du ruissellement
fonctionnait pleinement, on pourrait s’attendre à ce que l’enrichissement au
sommet se traduise par une amélioration tangible des conditions de vie pour la
majorité.
Or, ce que l’on observe semble
indiquer une dynamique plus complexe : des ménages qui doivent s’endetter pour
répondre à des besoins essentiels et une richesse qui continue de croître au
sommet.
Dès lors, des questions s’imposent
avec plus d’acuité : les baisses d’impôts constituent-elles une réponse réelle
aux déséquilibres économiques, ou participent-elles, parfois, à leur
approfondissement ?
Sont-elles un levier permettant
de stimuler la croissance au bénéfice de tous, ou un mécanisme qui, dans
certains contextes, avantage d’abord ceux qui disposent déjà des ressources
nécessaires pour investir et accumuler ?
Autrement dit : la réduction de la fiscalité est-elle une solution durable pour réduire les écarts de richesse ?
Enfin, dans un contexte où certains ménages doivent s’endetter pour répondre à des besoins essentiels, une dernière interrogation mérite d’être posée :
Peut-on encore penser la justice
sociale uniquement à partir de la création de richesse, sans interroger les
mécanismes concrets de sa répartition ?
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