Lire à l’opposé de sa pensée
Il n’y
a rien de pire, pour la pensée libre et critique, que d’adhérer aveuglément à
une idéologie. Certes, cela peut s’avérer plus facile, car l’objectif de cette
dernière est de tracer un chemin, un schème de pensée prémâché. Mais le réel
est plus complexe, la vérité ne se trouve jamais vraiment à droite ou à gauche.
Le réel est fait de nuances.
Ce
dimanche 28 janvier 2024, François Cardinal, éditeur adjoint de La Presse,
a rédigé un texte d’une grande importance1. L’idée est de savoir si nous lisons, faisons l’effort
d’écouter et de prendre connaissance des idées différentes des nôtres.
Sommes-nous enfermés dans nos petites cellules de pensée ou sommes-nous ouverts
à véritablement débattre, au péril de nous avouer ignorants ou trompés sur tel
ou tel sujet ?
Lire, mais quoi ?
La
lecture peut aider à se trouver confronté à ses certitudes et incertitudes.
Sans devoir entrer en débat avec un interlocuteur et avoir peur de paraître
« perdu » sur le chemin de la tromperie intellectuelle, nous pouvons
par l’intermédiaire des livres nous confronter à une idée divergente, opposée à
la nôtre. Il se pose alors la question de savoir quoi lire. La réponse est
simple : lisez des auteurs, des penseurs qui vous font peur ou avec qui
vous êtes profondément en désaccord. Faites l’effort de les lire, notez leurs
idées, confrontez-les aux faits, allez lire la bibliographie afin de vérifier
la véracité des éléments énoncés et, surtout, pensez au contenu.
Faites abstraction de votre « aversion » envers l’auteur et tentez de comprendre sa pensée.
Cela
peut et devrait se faire également pour la lecture des actualités, des textes
d’opinion dans les journaux ou les débats télévisés. Je suis souvent étonné de
voir que des personnes refusent catégoriquement de lire tel ou tel journal, de
lire le livre de tel ou tel auteur, d’écouter les émissions dans lesquelles tel
ou tel penseur est présent.
Écouter,
lire, prendre au sérieux un penseur, un intellectuel, un auteur dont nous ne
partageons pas les idées, cela demande du courage, de la volonté et une réelle
envie de mieux comprendre la complexité du monde de la pensée. Personnellement,
même si je me considère comme de gauche et progressiste, je m’attarde à lire
des intellectuels ou des auteurs catégorisés à droite, conservateurs et opposés
à ma vision du monde. Parfois, nous pouvons être surpris que certains constats
soient identiques aux nôtres, et ce, même si les solutions envisagées ou
l’analyse sont différentes. Un débat est alors possible.
Apprendre la nuance pour être libre
Le
résultat d’une lecture de livres aux idées opposées à sa vision et ses idées,
c’est l’apprentissage de la nuance. Cette démarche permet véritablement de se
libérer de nos prisons intérieures, de nos pensées recluses sur nous-mêmes et
d’analyser à nouveau le monde dans lequel nous vivons. Il est nécessaire
évidemment de sortir des sentiers battus et de notre chemin de pensée. N’est-ce
pas justement cela, la liberté ?
Cette
liberté ne nuit à personne sauf à nous-mêmes en remettant en doute nos
certitudes, nos idées, notre vision du monde et notre interprétation du réel.
Comme disait Descartes, philosophe français du XVIIe
« Le doute est à l’origine de la sagesse. »
Alors,
lisons (et écoutons) à l’opposé de notre pensée pour être libre !
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