Dimanche Philo : le travail social à l’épreuve de la philosophie

 Le travail social et la philosophie

Entre le travail social et la philosophie, il existe à la fois des ponts et des écarts. En effet, alors que le premier domaine exige une action dans le réel, parfois dans l’urgence, la philosophie demande de prendre du recul, une certaine distance et surtout du temps. 

En dépit de cette divergence, il n’en demeure pas moins que les deux disciplines se complémentarisent et peuvent être une source de rigueur intellectuelle et de vision du monde plus proche du réel et de sa complexité.

Le travail social confronte les professionnels quotidiennement à des questions lourdes de principes et de décisions. Ainsi, il arrive de se poser la question de la justice lorsqu’une personne perd son logement. Sans oublier l’interrogation sur des concepts d’une importance cruciale comme la dignité, l’autonomie, la dépendance ou encore les discriminations.



Ces questions sont à la fois théoriques et profondément concrètes, car elles touchent des individus dans leurs spécificités, leurs vécus, leurs émotions, leurs malheurs et leurs combats.

Lorsqu’une personne perd son logement, le professionnel du social doit aider, accompagner, comprendre et agir rapidement pour éviter que la personne soit à la rue. Mais une fois que le moment de l’urgence, ce même professionnel se met souvent à penser aux causes et aux conséquences de la situation. Il en est de même quand des personnes aînées se retrouvent sans services, ou encore quand des personnes sont marginalisées en raison d’actes passés.

Chaque rencontre ouvre à la fois l’espace de l’action et celui de la pensée.  

Le domaine du travail social est souvent associé à des concepts philosophiques, sans vraiment trop s’en apercevoir. Pensons au concept de la dignité indiquant que chaque individu doit pouvoir être traité avec respect. N’est-ce pas ce qui est fait quand un professionnel du social accompagne une personne aînée, une femme, un itinérant, un adolescent ayant des problèmes dans sa vie ?

On peut alors éclairer cette pratique à l’aide de certains repères philosophiques :

  • Penser l’autonomie avec Emmanuel Kant, pour qui l’individu est capable de se donner lui-même ses propres règles en ayant les moyens réels de le faire ; 
  • Penser le pouvoir d’agir avec le concept de la volonté de puissance de Nietzsche ou encore de l’élan vital de Bergson, en y voyant une capacité d’affirmation et de transformation ;
  • Penser l’équité avec John Rawls, qui invite à organiser la société de manière à réduire les inégalités injustes ; 
  • Penser la responsabilité et la liberté avec Jean-Paul Sartre, tout en reconnaissant que cette liberté est toujours située et contrainte ; 
  • Penser la mesure et le juste milieu avec Aristote en invitant les personnes que nous accompagnons dans des situations difficiles.

Il existe cependant une mise en garde : la philosophie n’indique pas de recette pour ces sujets mais elle est un outil permettant de comprendre et penser la complexité. Il s’agit de rendre le jugement plus exigeant et transformer l’acte du professionnel du social en une éthique de l’acte, constamment en tension entre l’urgence d’agir et la nécessité de comprendre.

Comme disait Paul Ricoeur dans Éthique et morale (1990) :

Vivre bien, avec et pour l'autre, dans des institutions justes

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