Dimanche Philo : une société peut-elle être malade sans le savoir ?
Nous vivons probablement dans l’une des sociétés les plus confortables au regard de l’histoire. Pensez deux secondes aux réalités de vos grands-parents ou ancêtres ; assez vite, on se rend à l’évidence que nous vivons bien mieux qu’avant. Nous avons accès à une profusion de biens, venus de partout dans le monde et satisfaisant de multiples désirs. Que dire des divertissements dont nous disposons : ordinateur, cellulaire, télévision, théâtre, cinéma, tablette, etc. ?
Pourtant, malgré cette abondance,
plusieurs phénomènes semblent se multiplier : anxiété, dépression,
détresse psychologique, santé mentale fragile chez les plus jeunes, perte de
sens ou encore sentiment d’isolement. Comment
expliquer cette situation et ce paradoxe ?
C’est en observant cette
disparité grandissante qu’il devient utile et nécessaire de lire l’œuvre « Société
aliénée et société saine » d’Erich Fromm, psychanalyse et sociologue ayant
vécu de 1900 à 1980.
Quel est le contenu de ce
livre et quoi en retenir ?
Dans son livre, le psychanalyste
énonce clairement qu’il soit possible qu’une société soit malade et ce, même si
elle est considérée comme « normale ». En d’autres mots, le fait que
la majorité des individus s’adapte à une manière de vivre ne signifie aucunement
que celle-ci soit saine humainement.
Tout comme les individus peuvent
être malades, la société elle-même peut produire et apparaître avec des
malaises. En effet, une société peut produire de l’angoisse, du conformisme, de
l’isolement, une perte de sens chez ses constituants tout en continuant d’être
une société riche économiquement.
Pour Fromm, la modernité a
transformé progressivement les humains en des agents économiques avec la
capacité de produire, de performer, de consommer et de recommencer dans ce
cycle infernal. L’individu, par ce processus, devient peu à peu étranger à
lui-même ; il s’aliène sans toutefois s’en rendre compte.
Il reprend ainsi le concept d’aliénation,
connue par l’intermédiaire de Karl Marx. Mais là où Marx analysait cette
aliénation au regard de l’économie, Fromm y amène un point de vue psychologique
et existentiel. Ainsi, l’être aliéné, pour Fromm, est l’individu qui agit sans
se sentir acteur, qui consomme sans avoir de satisfaction durable, qui
travaille sans ressentir le sens de son emploi ou encore, qui adopte les
opinions toutes faites des autres. En soi, c’est un individu isolé et passif. Il
ne se demande plus qui il est, il se demande ce qu’il vaut. Il est devenu un objet
achetable, vendable, marchandable.
Tout en dénonçant ce phénomène, l’auteur
essaie de proposer des solutions pour sortir de cette société aliénée et malade
pour aller vers ce qu’il nomme une « société saine » (attention :
aucunement Fromm propose une société idéale, parfaite). Pour cela, il faut à
nouveau miser sur l’autonomie des individus, sur la possibilité de créativité,
sur l’amour authentique permettant de sortir de soi sans s’oublier et en
demeurant libre, en retrouvant un sens à nos actes mais aussi, en favorisant
une participation réellement citoyenne au-delà de la simple participation aux
élections.
Il appelle à dépasser le capitalisme
aliénant pour tendre vers un socialisme humaniste et émancipateur.
Une réflexion s’impose…
Cette réflexion datant de plusieurs
décennies est encore très actuelle et ce, particulièrement à l’ère des réseaux
sociaux et du culte de performance personnelle. Nous vivons dans des sociétés
où l’on parle constamment d’authenticité et de liberté individuelle, mais où
plusieurs ressentent simultanément une pression permanente pour correspondre
aux standards du moment. Un moment qui change aussi vite, comme on change de
chemise.
Pour Fromm, l’humain est un être
situé et aucunement désincarné. Il vit dans un monde qui était là avant lui et
qui y sera encore après. Il est influencé par ce qui fut jadis et ce qui est
présent ; néanmoins, il demeure libre de pouvoir refuser les doxas ambiantes,
les impératifs de la mode actuelle et des directives sournoises.
Nous devons alors réfléchir à la
société à laquelle nous appartenons. Pourquoi et comment une société matériellement
avancée peut-elle produire autant de fatigue psychologique, de solitude et de
déracinement ?
Doit-on mesure une société
uniquement par l’entremise des facteurs et des indicateurs économiques ?
Ne devrions-nous pas regarder et
analyser d’autres éléments comme la santé, l’éducation, l’accessibilité
personnelle aux autres ou encore, la puissance d’agir ?
Même si ce livre date de
plusieurs décennies, il demeure d’une actualité déconcertante et intéressante.
Et in fine, la question demeure encore : une société peut-elle être
matériellement prospère tout en étant humainement désorientée ?
Et si oui, quoi faire ?
C'est une partie de ma philosophie de Vie, être à sa place et participer au développement communautaire par la pratique directe selon ses capacités. Comme dit Alain Deneault, nous ne sommes plus au "Que Faire ?" mais nous rendu au " Faire Que ..." nous prenions conscience que c'est l'humanité qui a besoin d'être sauvé et non la planète. Elle n'est pas dépendante de nous mais nous... Assurément !
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