L' Atelier des idées #4 : de l'extrême gauche à l'extrême droite
Récemment, j’ai rédigé deux textes : l’un sur la pluralité des gauches, l’autre sur le fait que Tommy Robinson est largement considéré comme une figure d’extrême droite. Plusieurs réactions ont suivi de part et d’autre avec une même variable et la même question : qu’est-ce que l’extrême droite ou encore la gauche ?
Je vous propose donc un petit atelier de lecture horizontale, allant d'un pôle à l'autre du spectre politique (notez que je
ne reviendrai pas sur la notion historique de la naissance entre la gauche et
la droite).
Précisons toutefois qu’il
s’agit ici d’idéal-types et de tendances générales : dans la réalité, plusieurs
mouvements empruntent des éléments à différentes traditions politiques.
1/ Extrême gauche
Du côté de l’extrême
gauche, il est souvent question de l’abolition ou de la révolte contre une
structure existante et considérée comme oppressive. L’idée est d’instaurer une
égalité universelle et radicale entre les individus. Ainsi, un courant
d’extrême gauche prônera notamment : la transformation radicale de la
société, le rejet du capitalisme, une faveur et une propension à la révolution
ou la révolte, une demande de rupture institutionnelle, l’abolition des classes
sociales, un égalitarisme excessif ou encore une forme d’anti-hiérarchie de la
société.
Historiquement, certaines
mouvances d’extrême gauche ont également développé des tendances autoritaires,
révolutionnaires ou centralisatrices au nom de l’égalité sociale.
Plusieurs courants sont
souvent associés à l’extrême gauche : le communisme, certaines formes
d’anarchisme, le marxisme-léninisme ou encore le maoïsme.
Philosophiquement, elle s'inscrit dans une tradition allant de Rousseau (l'homme bon par nature étant corrompu par la société) à Marx (l'émancipation passe par l'abolition des rapports de production).
2/ Gauche
Quand nous parlons de la gauche, nous avons tendance à
y associer la lutte contre les inégalités en réduisant celles-ci sans
nécessairement vouloir abolir complètement le système existant. L’idée est
davantage de corriger, réformer ou encadrer certaines dynamiques économiques et
sociales dans un cadre démocratique.
Nous retrouvons alors des principes comme :
l’égalité réelle dans les institutions, la défense d’un État-Providence, la
nécessité de viser une redistribution de la richesse, la défense des droits
sociaux, une certaine acceptation des lois du marché avec un encadrement de
l’État ou encore des valeurs comme la solidarité collective, l’inclusion et le
réformisme profond.
Dans cette famille politique, nous retrouvons :
la social-démocratie, le socialisme démocratique ou encore l’écosocialisme.
Philosophiquement, elle s'inscrit dans la lignée qui va de Condorcet (le progrès humain) à Rawls (la justice comme équité).
3/ Droite
Pour la droite, même si elle se montre ouverte aux
changements, elle a tendance à favoriser une forme de continuité, de stabilité
sociale, de maintien d’un certain équilibre tout en valorisant la liberté
économique. Elle accorde aussi une place plus grande à la responsabilité
individuelle des personnes.
Nous y trouvons des idées comme : la défense de
la liberté économique et du marché, la valorisation de la propriété privée et
d’entreprise, le fait que les inégalités sont inévitables, une place moins
présente demandée à l’État, l’accent sur la continuité culturelle avec les
traditions et une légère ouverture à des réformes tant que cela ne nuit pas à
une certaine forme de cohésion sociale.
Nous pouvons inclure dans la pensée de droite :
le conservatisme, le libéralisme économique, la démocratie chrétienne ou encore
certaines formes de nationalisme civique.
Philosophiquement, elle s’inscrit dans une tradition allant de Burke (la prudence contre l’abstraction) à Tocqueville (l’équilibre entre liberté et ordre).
4/ Extrême droite
Enfin, du côté de
l’extrême droite, il est question d’une place prépondérante accordée à la
hiérarchie identitaire, un ordre autoritaire et une prédisposition à
l’homogénéité culturelle avec un rejet de l’égalité universelle. On y retrouve
fréquemment une forte méfiance envers le pluralisme culturel, une valorisation
importante de l’identité nationale ou ethnique, ainsi qu’une opposition marquée
à certaines formes d’immigration ou de multiculturalisme.
L’extrême droite
développe souvent une vision ethno-nationale de la société, où certaines
populations sont perçues comme moins compatibles avec l’identité nationale
dominante. Les traditions et le passé peuvent y être fortement idéalisés,
tandis que certaines transformations sociales ou culturelles sont perçues comme
des menaces pour la cohésion nationale.
On retrouve également, selon les mouvements et les
contextes, une méfiance envers certaines institutions libérales (presses,
indépendance judiciaire, etc.), sans oublier une tendance à opposer le
« vrai peuple » à des groupes perçus comme extérieurs et menaçants.
Dans l’histoire, plusieurs courants ont été associés à
l’extrême droite : fascisme, au nationalisme ethnique ou encore au
néofascisme.
Philosophiquement, elle s'inscrit dans une lignée allant de Herder (l'esprit des peuples) à certaines formes de nationalisme organique.
À retenir !
Cette lecture horizontale
allant de l’extrême gauche à l’extrême droite constitue avant tout une grille
d’analyse parmi d’autres pour tenter de comprendre les idées politiques. Il
existe également d’autres axes possibles, comme l’opposition entre conservatisme
et progressisme, autoritarisme et libertés individuelles, ou encore
centralisation et décentralisation.
Nous devons donc être
prudents dans l’usage de ces qualificatifs. Un seul propos, un évènement isolé
ou une simple prise de position ne suffisent pas nécessairement à classer une
personne, un groupe, un parti comme étant dans l’une de ces catégories.
Cependant, si plusieurs
experts, analystes ou observateurs utilisent certaines étiquettes politiques,
il devient pertinent d’examiner les critères employés, les discours tenus, les
idées défendues ainsi que le contexte dans lequel ils s’inscrivent.
Une dernière note
s’impose : il est faux de croire que les extrêmes se manifestent
uniquement par des violences visibles. Les discours, les représentations
symboliques et certaine conceptions idéologiques doivent être également
analysés.
Une personne appelant à
abolir la propriété privée et le capitalisme peut relever d’une logique
d’extrême gauche même sans violence physique. À l’inverse, un discours
affirmant la supériorité d’une ethnie, d’une culture ou appelant au rejet
systématique de certaines populations peut relever d’une logique d’extrême
droite, même sans passage à l’acte violent.
Il faut donc observer non
seulement la violence physique, mais également la violence symbolique, les
représentations et les discours afin de mieux comprendre où se situent
certaines idées sur cet axe d’analyse politique.
Pour aller plus loin…
-
La gauche et la droite, Philippe Boudreau
et Claude Perron, Édition Chenelière, 2003.
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