L'Atelier des idées #5 : Nationalisme ou des nationalismes ?
| Photo François Roy, Archives La Presse |
Le mot « nationalisme » est dans la bouche de nombreuses personnes, tant en politique que dans la société civile, tant au Québec qu’ailleurs dans le monde. Pour certains, ce concept fait peur, alors que pour d’autres, il est ce qui permet d’affirmer la nation comme l’idéal politique ou comme source de fierté.
Pourquoi ces divergences de point de vue ? Est-ce erroné de voir dans le nationalisme un danger ? Doit-on y voir seulement une richesse ? Mais surtout, existe-t-il plusieurs formes de nationalisme ?
Une idée, des définitions et des variantes
De manière brève et générale, le nationalisme est une doctrine politique affirmant l’amour et la défense d’une nation ou d’un État-nation de par ses différences, ses distinctions avec d’autres nations. Cela nous amène cependant à définir le terme de « nation ». Qu’est-ce cela signifie ? La nation, est-ce un peuple ou autre chose ?
En science politique, le concept de nation fait essentiellement référence à un groupement d’individus réunis sur un territoire défini, partageant certaines caractéristiques en matière de religion, de valeurs, de culture, de langue, d’origine ethnique ou encore historique. Il est important de distinguer la nation de l’État, ce dernier désignant un ensemble d’institutions servant à gérer et appliquer des politiques publiques d’une société présente sur un territoire, ayant une forme spécifique d’organisation avec une population et un régime déterminé.
En résumé, nous parlons d’État pour le Brésil, la Belgique, le Canada, la France alors que nous parlons de la nation Française, Kurde, Juive, etc.
Si nous revenons alors au concept de nationalisme, une des définitions énonce notamment par Le Monde diplomatique se lit comme suit :
"Le nationalisme affirme la prédominance de l'intérêt national par rapport aux intérêts des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communauté internationale."
Dans le livre Régimes politiques de Dave Antil et Blaise Giguère-de Carufel, il est indiqué :
« Bien que le concept de nation se définisse sur la base de quelques caractéristiques objectives, ses caractéristiques essentielles sont, quant à elles, subjectives. Ainsi, le sentiment d’appartenance et d’identification à une nation sont essentiels à l’existence même de celle-ci. De plus, les individus s’identifiant à une nation doivent faire preuve d’un désir de vivre ensemble et porter des projets communs. Sans ses caractéristiques subjectives, la nation n’existe tout simplement pas. »
Maintenant, dans le livre Idéologies politiques de Dave Antil, le nationalisme est vu comme :
« Mouvement politique qui affirme l’importance de l’appartenance à une nation ou qui réclame le droit de former une nation indépendante ».
À travers l’histoire, nous avons pu voir apparaître différentes formes de nationalismes. Comme il existe un volet subjectif à la définition de la nation, il est évident que plusieurs formes de nationalisme sont apparues.
Pour comprendre ces différentes formes de nationalisme, je vous propose de regarder une vidéo au lien suivant : https://youtu.be/8YTwpjgeO_c?si=vxPvVGBjwFKxLYkz
Cette vidéo de 13 minutes explique succinctement les variantes nationalistes et sa complexité (version française). Cependant, cela permet aussi de se rendre compte que le nationalisme n’est pas seulement, comme le disait Mitterrand (ancien président françcais), la guerre.
Au Québec, la question est particulière. Le nationalisme québécois s’est historiquement construit comme le nationalisme d’une minorité culturelle en Amérique du Nord, et non comme celui d’un empire dominant. Ce nationalisme est né d’un besoin de subsister face à une prédominance de la culture anglo-saxonne avec une langue, des valeurs et des visions différentes. Le nationalisme québécois est à la fois défendu, dans des variantes également, par des partis fédéralistes et souverainistes. Et, au sein de ces deux volets, il existe encore des variantes. Ainsi, pour plusieurs souverainistes ou nationalistes québécois, défendre la nation signifie protéger une capacité d’agir collective francophone dans un continent largement anglophone. Pour comprendre cela, la lecture d’intellectuels comme Maurice Séguin ou encore Fernand Dumont peut s’avère nécessaire.
Pourquoi l’idée du nationalisme fait peur ?
Le nationalisme peut faire peur car il touche à un chose très puissante : l’identité collective.
Lorsqu’un peuple affirme fortement, sans crainte, son existence, sa culture distincte, sa langue ou encore sa souveraineté, cela peut devenir une force de solidarité et d’émancipation, mais aussi, dans certaines circonstances, une force d’exclusion ou d’ostracisation (pensons ici au régime nazi de l’Allemagne de 1930-1945, ou encore au nationalisme italien sous Mussolini).
L’histoire du XXe siècle a profondément marqué les esprits et les perceptions de bon nombre d’individu. Les grandes catastrophes européennes (guerres mondiales, fascisme, conflits ethniques et éradications) ont souvent été associées à des formes de nationalisme radical (comme énoncé d’ailleurs dans le lien vidéo partagé plus haut).
Mais réduire le nationalisme à ces dérives est incomplet et néfaste. Historiquement, c’est aussi le sentiment national qui a permis l’émancipation, le développement et la souveraineté de nations en voyant l’émergence de nouveaux États. Des peuples dominés, opprimés, colonisés ont utilisé le nationalisme pour affirmer sa souveraineté pleine et entière afin d’exister culturellement, politiquement et socialement.
L’inquiétude demeure alors présente dans la tête de plusieurs personnes, soit sur la ligne à tracer entre repli/rejet et émancipation ou encore en raison du passé des individus. Ainsi, si nous revenons succinctement au rapport du OUI-Quebec, chez certains néo-québécois, il est possible de voir cette méfiance en lien avec la mémoire historique liée à des expériences vécues dans des pays où le nationalisme a pris une forme autoritaire ou violente.
Finalement, la question est de savoir comment concilier enracinement national et ouverture à l’universel.
La lecture des œuvres de Simone Weil ou d’Hannah Arendt permettrait sans doute de trouver une piste de réponses.
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