Réflexion : des gauches pour penser les crises actuelles

Depuis plusieurs mois, les crises semblent s’accumuler sous nos yeux : crise du logement, hausse du coût de la vie, inflation alimentaire, saturation des services publics, précarisation croissante d’une partie de la population. Devant ces réalités, il est parfaitement normal que plusieurs formations politiques cherchent à proposer des solutions fortes afin de protéger les citoyens les plus vulnérables. Un groupe qui d’ailleurs a tendance à grossir, car c’est aussi la classe moyenne qui paie le prix de ces augmentations de coûts.

Dans ce contexte, Québec solidaire, un parti se réclament ouvertement de gauche, a récemment proposé différentes mesures économiques marquantes, notamment la création d’épiceries publiques afin de concurrencer les grandes chaînes alimentaires, ainsi qu’une taxation du patrimoine des plus fortunés. Derrière ces propositions se retrouve une volonté réelle de répondre à des inquiétudes légitimes : permettre un meilleur accès à l’alimentation, réduire les inégalités et freiner certaines formes de concentration économique.

Pour être honnête, ces idées ne sont pas farfelues ; d’ailleurs, elles sont souvent énoncées par des groupes issus des mouvements de gauche. Elles traduisent une réelle volonté d’avoir une meilleure justice sociale et la protection de certaines catégories de personnes.

Néanmoins, c’est aussi une lecture typique d’une certaine gauche ayant tendance, bien trop souvent, d’associer profit des entreprises avec abus.  Nous tombons parfois alors dans une lecture manichéenne du réel avec d’un côté des « méchants » propriétaires, entrepreneurs ou capitalistes face à des « gentils » citoyens et prolétaires.

Cependant, le réel est souvent plus complexe.

Il est reconnu par beaucoup de personnes que certains grands groupes possèdent aujourd’hui un pouvoir économique immense. Oui, la concentration du marché alimentaire soulève des questions légitimes. Oui, certaines pratiques commerciales peuvent devenir abusives. Néanmoins, réduire les crises actuelles à une simple lutte entre oppresseurs économiques et population exploitée risque aussi de simplifier excessivement des phénomènes beaucoup plus vastes : mondialisation des marchés, financiarisation de l’économie, transformation des modes de consommation, dépendance aux chaînes logistiques internationales, perte d’autonomie locale, bureaucratisation croissante ou encore affaiblissement du tissu communautaire. Sans oublier une gestion déficitaire des gouvernements.

C’est peut-être ici qu’une réflexion plus large devrait s’ouvrir au sein même de la gauche.

Historiquement, « la » gauche n’a jamais été un bloc homogène. Plusieurs gauches ont existé : des gauches étatiques, des gauches syndicales, des gauches coopératives, mutualistes, libertaires, communautaires ou encore décentralisatrices.

Pourtant, au Québec comme ailleurs aussi, le débat tend souvent à réduire la gauche à une seule réponse : davantage d’intervention étatique, davantage de structures publiques, davantage de centralisation.

Certains mouvements de gauche veulent plus d’État, plus d’interventions avec notamment l’idée de nationaliser certains pans de l’économie (industrie, banques, électricité, etc.). Un vieux réflexe quelque peu marxiste…

Mais est-ce réellement la seule voie possible ?

Peut-on imaginer une gauche qui protège les plus vulnérables sans pour autant faire de l’État la réponse automatique à chaque problème collectif ?

Peut-on défendre la justice sociale tout en favorisant davantage l’autonomie locale, les coopératives, les mutuelles, les initiatives citoyennes, les circuits courts et les formes d’économie sociale déjà présentes sur le terrain ?

Peut-on vouloir réduire les inégalités sans systématiquement opposer les individus entre catégories morales figées, riches contre pauvres, puissants contre victimes, au risque d’alimenter une polarisation permanente ?

Les crises actuelles devraient peut-être nous pousser à repenser plus profondément notre société. Non seulement nos modèles économiques, mais également notre rapport au pouvoir, à la solidarité et à la responsabilité collective.

Une société juste demande, certes, une répartition équitable des richesses, mais elle demande aussi de penser à la création de cette richesse. Or, bien souvent, plusieurs partis ou groupes de gauche parlent en termes de dépenses comme si l’argent poussait dans les arbres. La seule solution, le réflexe quasi pavlovien est de taxer ou surtaxer les riches.

Une question est cependant nécessaire : faut-il plus ou moins d’État ?

Mais aussi, comment construire une société équitable, juste et digne sans étouffer l’autonomie, la libre pensée et la volonté de créer des individus ?

Dans les jours et semaines à venir, je vais vous faire découvrir d’autres manières d’être de gauche sans perdre de vue la dignité, l’équité et la solidarité.

Il nous faut réfléchir aux alternatives pour repenser notre société.

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