Réflexion sur le rapport des OUI Québec
Ce dimanche 24 mai 2026, les Oui-Québec ont publiés un rapport de constats émanant de la société civile. Concrètement, il est question de plus de 50 organismes rencontrés (pour une durée de 60 à 90 minutes) mais aussi l’analyse de 464 mémoires. Il en résulte 7 points de convergences avec notamment l’ambition d’avoir une nouvelle « Révolution tranquille », le fait de reprendre le pouvoir (sentiment de ne plus rien contrôler) mais aussi recréer un espace commun (le vivre-ensemble et construire ensemble).
Avant de regarder et penser quelques éléments, il me semble pertinent d’énoncer mon incompréhension quant aux réactions vives, véhémentes et discréditantes de quelques-uns envers un rapport, alors qu’il n’avait pas encore été publié publiquement. Quelques-uns ont même jugés avant même d’avoir le document devant les yeux…et ce, uniquement car le journal La Presse a publié un ou deux articles.
La méthodologie critiquée
Il est tout à fait légitime de questionner la méthodologie d’un rapport de consultation comme celui des Oui-Québec. D’ailleurs, toute démarche qualitative comportant une sélection d’intervenants peut être analysée, discutée et même contestée. Les groupes rencontrés ne sont pas issus d’un échantillonnage aléatoire et le document ne prétend d’ailleurs jamais constituer une étude scientifique exhaustive de l’opinion québécoise. Il s’agit plutôt d’une démarche de consultation politique et sociale visant à faire émerger certains constats, certaines tendances et certaines préoccupations présentes dans la société civile.
Doit-on alors rejeter ce rapport sur la base d’une méthodologie différente et jugée, par quelques-uns, comme « problématique » ? J’en doute.
Toutes les démarches humaines comportent des angles morts, des sensibilités et des choix interprétatifs. Cela vaut autant pour les auteurs du rapport que pour plusieurs de ses critiques. En politique, les perceptions, les inquiétudes collectives et les aspirations ne sont pas toujours mesurables uniquement par des statistiques ou des sondages. Un travail qualitatif peut aussi permettre de capter des malaises, des fractures sociales ou des besoins de sens qui traversent une société. La quantité ne fait pas la vérité…car celle-ci existe peu importe si nous ne voulons pas la voir, la lire ou l’entendre.
Le rapport des Oui-Québec doit donc être lu pour ce qu’il est réellement : non pas une vérité absolue sur le Québec, mais une tentative de mettre en lumière certaines convergences observées dans des milieux communautaires, économiques, culturels, environnementaux ou citoyens. On peut questionner la démarche sans sombrer dans la disqualification automatique ou la guerre de clans.
Les points de convergences et constats
Au-delà de la méthode, plusieurs éléments soulevés dans le rapport méritent d’être réfléchis sérieusement. En effet, plusieurs constats évoqués résonnent avec des débats bien réels dans la société québécoise actuelle.
Le premier élément est l’idée d’une fatigue démocratique et d’un sentiment de perte de contrôle. Le rapport parle d’un Québec où plusieurs groupes ont l’impression que les décisions importantes sont éloignées des citoyens, que les institutions deviennent plus lourdes, plus technocratiques et moins accessibles. Cette perception n’est pas marginale : on la retrouve autant dans les débats sur la centralisation, la bureaucratie, la crise des services publics que dans la méfiance envers certaines institutions politiques.
Le deuxième constat important concerne le besoin d’un projet collectif mobilisateur. Le concept de « Révolution tranquille 2.0 » ne doit pas être compris littéralement comme une nostalgie du passé, mais plutôt comme le désir de retrouver une ambition commune capable de dépasser la simple gestion quotidienne. Dans une époque marquée par la polarisation, l’individualisme et le cynisme politique, plusieurs ressentent effectivement un manque de vision commune et de récit collectif.
Enfin, le rapport aborde aussi le vivre-ensemble, sujet particulièrement sensible dans le contexte actuel. Ici encore, il me semble réducteur de caricaturer automatiquement ces passages comme une condamnation du nationalisme québécois. De fait, le document semble surtout exprimer une forme d’inquiétude face à la fragmentation de la société et l’érosion du filet social, sans oublier une certaine perte de repères et d’esprit innovateur. Que l’on soit d’accord ou non avec certaines formulations, cette réflexion mérite davantage qu’une simple réaction partisane.
Une attaque envers le Parti Québécois ?
C’est probablement sur cette question que les réactions ont été les plus vives. Certains ont interprété le rapport comme une attaque à peine voilée envers le Parti Québécois, notamment sur les questions identitaires et migratoires. Je crois toutefois qu’il faut éviter ces raccourcis.
D’abord, le rapport ne nomme jamais explicitement le PQ comme responsable des problèmes soulevés. Ce sont surtout certaines formulations portant sur le vivre-ensemble, la polarisation ou la perception de fermeture qui ont été interprétées comme des critiques indirectes des orientations récentes du mouvement souverainiste.
Certains diront qu’un ou des élus de Québec solidaire en ont profités, oui, c’est vrai. Mais, savez-vous quoi ? C’est cela la petite politique politicienne. La partisanerie dépasse souvent plus les jupons que le bien collectif et commun.
De plus, il faut aussi reconnaître une chose importante : plusieurs critiques du rapport projettent eux-mêmes leurs propres inquiétudes et leurs propres biais dans la lecture du document. Certains semblent avoir immédiatement interprété les passages plus inclusifs ou axés sur le vivre-ensemble comme une reprise du discours de Québec solidaire, parfois même avant d’avoir lu le rapport dans son ensemble.
Or, il est possible d’aborder les enjeux du vivre-ensemble sans automatiquement nier les préoccupations identitaires du peuple québécois. De la même manière, il est possible de vouloir parler d’inclusion, de cohésion sociale et d’intégration sans pour autant adhérer entièrement aux positions de QS.
En réalité, plusieurs constats mis de l’avant dans le rapport rejoignent directement des analyses, des orientations et des propositions défendues par le PQ et par Paul St-Pierre Plamondon depuis des mois, voire des années.
Pensons notamment à la critique de la bureaucratisation excessive, au poids disproportionné de la reddition de comptes imposée aux organismes communautaires, à la nécessité de régionaliser et décentraliser certains pans de notre économie, de valoriser les entreprises faisant la fierté du Québec, la volonté de présenter l’indépendance comme projet collectif et émancipateur ou encore, le besoin de planifier et de prévisibilité pour les différents partenaires.
Ces thèmes ne sont aucunement étrangers au PQ actuel. Au contraire, ils se retrouvent dans plusieurs discours, congrès, propositions et plans déposés récemment par le parti.
Dès lors, présenter automatiquement ce rapport comme un document « anti-PQ » me semble factuellement discutable. Cette interprétation repose souvent moins sur le contenu global du texte que sur une focalisation quasi exclusive sur certains passages liés au vivre-ensemble, à l’immigration ou à la perception du nationalisme.
Autrement dit, plusieurs critiques semblent avoir lu le rapport à travers une grille partisane déjà construite d’avance. Le problème devient alors moins le document lui-même que la lecture biaisée, fragmentaire ou dogmatique qu’on en fait.
En guise de conclusion…
Tous ces éléments doivent être pris en compte. Évidemment, cela ne signifie pas que le rapport soit sans faille, ni qu’il soit nécessaire d’y adhérer totalement. Néanmoins, il m’apparaît crucial d’y prêter une attention sérieuse car il révèle des constats et des espoirs de la part de la société civile.
Comment faire l’indépendance du Québec, si nous ne tenons pas compte des revendications, des espoirs, des rêves et des constats de ceux qui forgent et font fonctionner notre nation ?
De ce fait, réduire 36 pages de constats à une simple opération hostile envers le PQ apparaît intellectuellement faible et politiquement réducteur. Le risque demeure de tomber dans une logique dogmatique, idéologique et partisane où toute réflexion ne correspondant pas parfaitement à certaines lignes soit l’occasion d’un discrédit ou perçu comme une forme de trahison.
Or, un mouvement politique vivant devrait être capable de supporter la nuance, la discussion, la réflexion critique et même, certaines tensions internes afin de faire évoluer les idées.
J’ai bien peur, malheureusement, que nous soyons dans ce que Bertrand Russell disait comme suit :
« Nous sommes de nouveau à une époque de guerres de religion, mais une religion est appelée aujourd’hui idéologie » (Essais impopulaires).
Bibliographie :
- Rapport du OUI-Québec :
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