Réflexions autour du texte de Mathieu Bock-Coté : comprendre les colères, sans blanchir l'extrême droite

Ces derniers jours, Londres a été le théâtre d’une double mobilisation : d’un côté, une manifestation catégorisée d’extrême droite; de l’autre, une marche propalestinienne et antiraciste. 

Concentrons-nous sur la première, celle qui a retenu l’attention médiatique et qui a été organisée par Tommy Robinson, figure majeure de l’extrême droite britannique. Pour comprendre ce qui s’est réellement joué, il faut sortir de la moraline et examiner à la fois les récits qui s’affrontent et les dynamiques sociales plus profondes qui traversent ce type de mobilisation.

 Deux visions s’affrontent

Deux grilles de lecture se sont imposées dans l’espace public. Pour une majorité des médias britanniques, il s’agissait d’une manifestation d’extrême droite, structurée autour de réseaux nationalistes et anti-immigration. À l’inverse, Mathieu Bock-Côté (MBC) y voit une « révolte insurrectionnelle du peuple anglais » et accuse les « mondialistes » de mener une campagne de désinformation. Qui dit vrai? Qui a tort? En réalité, aucun de ces récits n’est suffisant à lui seul.


Les médias ont raison de souligner la présence manifeste de groupes et de discours d’extrême droite, mais ils risquent de réduire la complexité des motivations individuelles. De son côté, MBC a raison de rappeler que des inquiétudes populaires existent, mais il occulte volontairement, ou non, la nature idéologique des acteurs qui ont initié la mobilisation. 

Il faut rappeler que l’instigateur de cette manifestation est Tommy Robinson, militant d’extrême droite connu pour ses positions anti-islam, anti-immigration, sa promotion de la remigration (c’est-à-dire le renvoi forcé de populations musulmanes), son adhésion à la théorie du grand remplacement, et son idée que la prospérité britannique serait liée uniquement aux « Blancs chrétiens ». À cela s’ajoute un lourd passé judiciaire : incitation à la haine, fraude, voies de fait, harcèlement. Robinson est également fondateur de l’English Defence League et de la European Defence League, deux organisations structurées autour d’un imaginaire identitaire radical. Ce contexte n’est pas anecdotique : il façonne la nature même de la mobilisation. Les images et vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent d’ailleurs des slogans racistes, xénophobes et anti-immigration. En ce sens, qualifier la manifestation d’extrême droite n’a rien d’excessif.

La foule n'est pas un bloc homogène

Mais une foule n’est jamais un bloc homogène. Comme le rappelait Gustave Le Bon, une foule peut partager une émotion (colère, peur, sentiment d’injustice), tout en étant composée d’individus aux intentions diverses. Dire que la manifestation était organisée par l’extrême droite ne signifie pas que tous les participants adhèrent à cette idéologie. 

C’est précisément là que les deux récits échouent : les médias, en réduisant tout à l’extrême droite, risquent de disqualifier des inquiétudes légitimes; MBC, en parlant uniquement d’une révolte populaire, efface la présence d’acteurs extrémistes et le rôle central de Robinson.

Plus troublant encore, dans son éditorial sur CNews, MBC minimise publiquement le passé criminel et islamophobe de Robinson, et compare la couverture médiatique à un supposé refus « mondialiste ». Il fait même la similitude avec l'absence d'autorisation qui aurait été donnée à Renaud Camus, théoricien du grand remplacement, d'intervenir dans des manifestations au Royaume-Unis. Cette analogie ne clarifie rien; elle obscurcit le réel. 

La complexité du réel

Or, le réel a ses droits. Oui, il y avait une présence manifeste de groupes et de discours d’extrême droite. Oui, il faut le dire clairement.
Mais il faut aussi tenter de comprendre pourquoi des milliers de personnes se sont mobilisées.

Derrière ce type de manifestation se trouvent souvent des sentiments plus profonds qu’une simple opposition idéologique : sentiment de déclassement, une impression de perte de contrôle sur l’environnement culturel, économique ou politique, la conviction que certaines inquiétudes liées à l’immigration ou à l’identité nationale ne peuvent plus être exprimées sans être immédiatement disqualifiées moralement.

À cela s’ajoute une crise plus large de représentation démocratique : plusieurs citoyens occidentaux ont désormais l’impression que les élites politiques, médiatiques ou économiques vivent dans un autre monde, davantage connecté aux logiques transnationales qu’aux réalités locales.

Les fractures territoriales jouent également un rôle important. Dans plusieurs pays occidentaux, les grands centres urbains multiculturels et diplômés développent une vision du monde différente de celle de régions plus périphériques ou fragilisées économiquement. Cela produit parfois un sentiment d’abandon, voire de dépossession culturelle.

Que dire également des réseaux sociaux qui accentuent ces dynamiques en favorisant les logiques émotionnelles, la radicalisation des discours et l’enfermement dans des univers informationnels où les peurs et les frustrations se renforcent mutuellement. La nuance devient alors plus difficile, et le compromis démocratique plus fragile.

Comprendre n'est pas cautionner 

Mais attention : tenter de comprendre ces peurs ne signifie pas y adhérer. Comprendre n’est pas cautionner. Une démocratie mature doit être capable d’entendre certaines inquiétudes sociales réelles tout en refusant clairement les discours haineux, racistes ou déshumanisants.

Finalement, le véritable défi démocratique est peut-être là : comment entendre les fractures réelles d’une société sans sombrer dans la haine de l’autre ni dans la négation des inquiétudes populaires ?

Ne cherchons pas un bouc émissaire parfait à nos questionnements, nos sentiments, nos impressions mais essayons plutôt de voir ce qui nous unit. Essayons de comprendre d’où vient cette situation ? Est-ce l’immigrant fuyant un pays en guerre ou est-ce ces super-puissances bombardant des populations ?

Tant de questions permettant de nous rendre compte que le réel est complexe. 

Une société fragilisée devient vulnérable lorsque la peur remplace la réflexion et lorsque des acteurs politiques exploitent les fractures plutôt que de chercher à les comprendre.

Commentaires

  1. Il est important de bien distinguer l'expression populaire qui se manifeste pour être entendu de la classe politique des manifestations produites par un groupe politique qui veut faire pression et s'imposer comme leader. Le militantisme sert de catalyseur pour provoquer une action, une prise de conscience en autant qu'il est suivi d'une éducation sur le sujet. Manifester comme un enfant agitant un jouet pour simplement se prouver qu'il existe et appel les autres à la suivre risque de conduire à l'autoritarisme et même à la dictature. Chacun retournera dans son coin frustré et individualiser.

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  2. Le problème de ce texte qui essaie d'élever le débat, c'est qu'il reste cantonné à une lecture partiale de la situation.

    Par exemple, sur Tommy Robinson, il ne fait que reprendre le récit des médias dominants, qui comme on le sait sont extrêmement impartiaux et objectifs. Toutes proportions gardées, les mêmes médias pourraient aussi qualifier Nelson Mandela d'agitateur possédant un lourd passé judiciaire. En occultant le contexte de ses condamnations, et surtout la disproportion entre les actes commis et les peines infligées.

    Le reducto ad hitlerium fonctionne toujours pour une partie de la société, même si heureusement ce repoussoir fonctionne de moins en moins. Mais en mettant une marque d'infâmie sur cette personne, cela permet de les décourager d'en savoir plus sur le personnage, et d'apprendre par exemple que ce lanceur d'alerte a inlassablement dénoncé les viols innombrables perpétrés par la communauté pakistanaise. Près d'un millier d'auteurs, des dizaines de milliers de victimes, parfois très jeunes. Un scandale national, étouffé pendant de nombreuses années, parce que les institutions ne voulaient pas passer pour "racistes". Des dizaines de milliers de jeunes filles sacrifiées sur l'autel du vivre-ensemble.

    Ces personnes repoussées n'apprendront pas non plus que faute de place pour loger les migrants, l'Etat britannique loue au prix fort des biens privés, et les lois là-bas étant ce qu'elles sont, de nombreux bailleurs mettent à la porte presque du jour au lendemain des familles britanniques, pour les remplacer par des "migrants" tous frais payés, et qui pourrissent le voisinages. Rien sur les centaines d'attaques à l'acide à Londres.

    Quand au contexte orwellien, rappelons que la répression sur le peuple bat son plein, avec des personnes emprisonnées pour des tweets quand des agresseurs sont laissés en liberté, des policiers qui arrachent le drapeau britannique des mains des manifestants, et jusqu'à l'ignominie : Si chacun connait les noms de Floyd et de Traoré, délinquants multirécidivistes soutenus par la gauche, les médias ont été peu diserts sur Henry Novak, même en Angleterre : agressé et poignardé par un Sikh. Lorsque les policiers sont intervenus, la première chose qu'ils ont faite a été de le menotter suite à une accusation de "racisme" de la part de son agresseur, alors même qu'il se noyait dans son propre sang. Une horreur.

    Quand aux thèses de Robinson, elles sont plus que crédibles, l'Angleterre autorisant les statistiques ethniques. On voit ainsi la chute progressive des autochtones dans la part de la population, et même en comptant les blancs au sens large, ceux-ci seront minoritaires avant l'an 2100... Autrement dit demain.

    Il y a soixante ans, les gens s'opposant au communisme et à ses horreurs étaient salis et censurés par l'intelligentia , je pense à Soljenitsine et Simon Leys. Aujourd'hui un nouveau rideau de fer est sur le point de tomber, mais il sera défendu jusqu'au bout par les chiens de garde du système.

    Je laisse pour les plus curieux un entretien de Tommy Robinson, face à une "journaliste" soi-disant experte du terrorisme, bardée de certitudes, alors qu'elle révèle sa totale ignorance sur l'islam, qui est pourtant une des causes principales du terrorisme : https://www.youtube.com/watch?v=nBMWOKBPD6Y

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  3. (le commentaire était "trop long")

    "Essayons de comprendre d’où vient cette situation ? Est-ce l’immigrant fuyant un pays en guerre ou est-ce ces super-puissances bombardant des populations ?" Oui, l'occident a sa part de responsabilité et elle est lourde, c'est évident. Mais c'est passer sous silence la belle assimilation des vietnamiens, qui auraient pourtant des griefs envers la France, et au contraire, l'arrivée chez nous des populations issues du Maghreb qui ont leur pays à eux depuis soixante ans, qui n'a pas été bombardé, et qui refusent massivement de s'assimiler.
    Bref, un fait culturel est occulté, religieux même, celle d'une population portée par une religion suprémaciste, profondément arriérée, obscurantiste et haineuse. Et je parle en connaissance de cause, pour l'avoir étudiée en profondeur, et pas juste en lisant deux fils sur les réseaux sociaux.

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