Suggestion de lecture : Jean Rostand, un penseur de l'humanisme et du doute

Quand les temps sont difficiles, que les conflits et les tensions sont palpables à gauche et à droite, il me parait toujours nécessaire d’essayer de penser l’époque, le moment et de prendre un pas de recul.

Sommes-nous dans un moment unique ? Que devons-nous faire face à ces tensions, ces bouleversements ? Enfin, pouvons-nous essayer de penser ce moment à l’aube d’intellectuels de jadis ou d’aujourd’hui ? 

Je souhaite alors vous parler aujourd’hui d’un écrivain, biologiste, moraliste et penseur français, Jean Rostand.

Le fils de l’auteur de Cyrano de Bergerac

Jean Rostand est le fils de Edmond Rostand, auteur de la pièce Cyrano de Bergerac. Né en 1894 et décédé en 1977, Jean Rostand est un biologiste de renommée s’est surtout intéressé à la vie des batraciens (grenouilles, crapauds, etc.). En dehors de ses études en biologie, il est aussi un grand humaniste ayant à cœur le sort des femmes de son époque ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, il a cofondé, avec Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir, le mouvement Choisir la cause des femmes (mouvement visant à dépénaliser l’avortement en France et à l’origine d’une loi sur le droit des femmes). Il a été également le cofondateur d’un mouvement contre l’armement atomique et à l’origine d’une phrase d’une puissance inouïe : 

« La science a fait de nous des dieux, avant même que nous méritions d’être des hommes ».

Autant dire que Jean Rostand est une figure considérable de l’intelligentsia française tout en étant un humaniste et fervent défenseur d’une pensée altruiste.

Développer une pensée tolérante et nuancée

Par son engagement et ses réflexions, Rostand nous invite à cultiver une pensée profondément altruiste et équilibrée, où le doute et le scepticisme occupent une place essentielle. Le doute ne doit pas être un obstacle, mais plutôt un outil afin d’approfondir notre compréhension du monde tout en se prémunissant contre les certitudes aveuglantes. Dans son livre Carnet d’un biologiste, l’auteur français y va d’aphorismes, de phrases courtes permettant de nous remettre en question. Sans tergiversations, sans fioritures, il dépeint l’âme humaine et ses défauts.

Par ses écrits, Rostand encourage une tolérance éclairée, basée sur l'écoute et le respect des idées contraires, tout en restant fermement ancré dans des principes d'humanisme et de responsabilité sociale. Son scepticisme scientifique, combiné à sa quête de justice et d'équité, reflète une philosophie selon laquelle chaque individu a le devoir de penser par lui-même tout en reconnaissant les limites de son savoir et les erreurs potentielles de ses jugements.

Pour mieux prendre la mesure, je vous propose quelques aphorismes tirés ici et là de son œuvre :    

« Dans le mal imputable à tout sectarisme, il entre, d’abord, tout le bien qu’il fait au sectarisme adverse. »

« Apprendre à se contenter du momentané, du précaire, du changeant, de l’approximatif, de l’incertain, de l’insuffisant, de l’impur… » -      

« Le premier qui alluma le feu n’est quand même pas responsable de tous les incendies. »

Ou encore :      

« On n’a le droit d’avoir raison qu’avec les faits dont on dispose. »

L’approche nuancée de Rostand nous rappelle que dans un monde en tension, il est primordial de réfléchir avec discernement, de privilégier l’altruisme, de prendre le temps de penser, de douter avant d’agir. Sa pensée devrait nous guider et la lecture de ces aphorismes devrait nous aider dans des moments de questionnements et de découragements.

Dans une époque où chacun semble persuadé de détenir la vérité, Jean Rostand nous rappelle qu'il existe une autre voie : celle de l'humilité intellectuelle, du doute fécond et de l'humanisme. Rien que pour cela, il mérite d'être relu. 

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