L'Atelier des idées #6 : autoritaire, dictatorial et totalitaire
Ces dernières heures, suite d’une sortie médiatique d’Amnesty International Canada francophone, trois mots sont apparus et se sont mêlés : autoritaire, dictatorial et totalitaire.
Lorsque l’organisme a parlé de « dérives autoritaires », certains ont réagi comme s’il avait affirmé que nous vivions, ou nous pourrions vivre, dans une dictature.
Les
mots ont leur importance et, c’est la raison pour laquelle il me semble
pertinent de distinguer ces trois concepts liés, sans être des synonymes.
Autoritaire
L’adjectif
« autoritaire » fait référence à la propension à exercer une autorité
sur autrui (soit une personne ou un groupe de personnes). Au sens politique du
terme, nous parlons d’un régime autoritaire quand une instance, une personne
désire exercer un pouvoir dans diverses facettes de la vie publique en écartant
le plus possible les oppositions, en se méfiant du pluralisme politique ou
encore en faisant preuve d’intolérance envers les idées divergentes.
Il
est important de noter qu’une personne peut être autoritaire, sans qu’elle
exerce notamment cela dans un volet politique via l’instauration d’un régime
autoritaire.
Exemple :
un dirigeant qui cherche à faire taire, à faire sanctionner systématiquement
les membres de son organisation dès qu’ils expriment publiquement un désaccord
agit de façon autoritaire. Cela ne suffit pas, néanmoins, à qualifier le régime
politique de dictature. Dans un pareil cas, il n’y a pas nécessairement
violences, mais plutôt des pressions diverses pour faire taire la dissidence.
Dictatorial
Le
mot « dictatorial » renvoie à la dictature. Ce régime, tout en étant
très autoritaire, engage une concentration de pouvoir entre les
mains d’un individu ou d’un groupe (parti politique, etc.). Il est souvent
caractérisé par des épisodes de violences, la répression active des opposants et
des libertés politiques des individus (liberté d’expression, de croyances, de
votes, etc.). Dans un pareil régime, la population dispose rarement de la
possibilité de contester et de changer librement ses dirigeants.
Exemple :
le Chili sous Augusto Pinochet, après le coup d’État en 1973, est un exemple de
régime dictatorial où il y avait répression des opposants.
Totalitaire
Est
totalitaire, tout régime ou système de fonctionnement voulant gérer toutes les
parties de la vie citoyenne. Il ne s’agit pas seulement de vouloir exercer son
autorité politique mais également sociale, économique et privée. L’objectif d’un
gouvernement totalitaire est d’exercer un contrôle complet sur la vie privée
des personnes présentes, jusqu’à dicter quoi et comment penser. C’est un
pouvoir absolu (ou désiré absolu) sur tout.
En
ce sens, un pouvoir totalitaire est toujours autoritaire ; mais tout pouvoir
autoritaire n’est pas nécessairement totalitaire. La différence est l’extension
du pouvoir entre la vie politique, publique et privée des individus constituant
cet État ou ce groupe.
Exemple :
l’exemple le plus flagrant de l’histoire est l’Allemagne nazie où le régime a supprimé
les partis politiques opposants, a cherché à modeler la société selon une
idéologie déterminée via la propagande et le contrôle des médias, des livres,
des arts et de l’enseignement.
Dérive autoritaire ?
Ainsi,
si nous revenons à l’expression de « dérive autoritaire », nous pouvons
comprendre qu’il s’agit de signaler une pratique tendant à réduire la place aux
critiques et aux contestations au sein d’une instance ou d’une société. Ce
jugement peut et doit être discuté afin d’examiner les faits et aussi montrer
en quoi il s’agit bien d’une pratique produisant un tel effet.
Aucunement,
il est question d’affirmer que nous vivons ou que nous risquons de vivre dans
un régime dictatorial.
Nous devons alors nous poser une seule question : la pratique dénoncée exerce-t-elle une pression injustifiée sur la liberté d'expression ?
Pour aller plus loin :
- Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt
- Régimes autoritaires et totalitaires,
Juan José Linz
- La contre-démocratie, Pierre Rosanvallon
- Lexique de science politique, Philippe Boudreau et Claude Perron
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