Quand la campagne électorale simplifie le réel : le scepticisme appliqué

Ne soyons pas dupes, une campagne électorale est souvent une compétition pour attirer notre attention et nous amener à croire que tel ou tel parti, tel ou tel chef est le meilleur pour résoudre nos problèmes en santé, éducation, sur la crise locative ou encore notre patrie face au monde entier.

Mais, dans cette recherche d’attention, bien souvent les partis politiques, tous confondus, vont être tentés de transformer des problèmes complexes en quelques causes facilement identifiables et quelques solutions facilement vendables.

Ainsi, par exemple, il suffirait d’augmenter le salaire minimum à 20$/heure, de taxer les plus riches pour renflouer les caisses de l’État, de construire 100 000 logements pour la crise locative, de diminuer drastiquement l’immigration pour revenir « une époque où la crise locative n’existait pas ».

En résumé : plus d’argent va régler la situation, moins de bureaucratie permettrait automatiquement d’améliorer l’efficacité et les services aux citoyens, des baisses d’impôt stimulerait nécessairement l’économie.

Selon le parti, la cause et la solution changent mais le mécanisme demeure le même : simplifier.

Pourtant, une école qui déborde peut être affectée simultanément par l’immigration récente, la croissance d’un quartier, les choix de planification, les infrastructures disponibles et l'organisation des services.

Une crise du logement dépend à la fois de la croissance démographique, de la construction, des taux d’intérêt, du parc existant, de la réglementation et de plusieurs années de décisions publiques.

Reconnaître cette complexité ne signifie pas qu'il est impossible d'agir ; mais cela signifie qu'avant de promettre une solution, il faut correctement établir le diagnostic.

Et c’est ici que le scepticisme devient politiquement utile.


Lorsqu’un parti affirme que A explique B, quelques questions devraient devenir des réflexes : Quelle est la donnée? Que mesure-t-elle réellement? Existe-t-il d’autres facteurs? Parle-t-on de corrélation ou de causalité?

Et surtout : la solution proposée répond-elle réellement au problème identifié?

Une campagne électorale devrait être l'occasion de confronter des projets de société et elle ne devrait pas devenir un concours de celui qui trouvera l'explication la plus simple à nos problèmes.

Nous devrions également nous méfier de notre propre désir de solutions simples. Il est certes confortable de croire qu’un chef, un parti ou une mesure pourra remettre les choses en ordre. Tandis qu’il est moins confortable d’accepter que certains problèmes exigent plusieurs interventions simultanées, du temps, de l’arbitrage et parfois des choix difficiles.

Le scepticisme ne consiste pas à refuser de choisir, mais il consiste surtout à mieux examiner ce qu’on nous demande de croire avant de choisir.

Pour terminer, je reprendrai la phrase de Bertrand Russell :

« Ce qu’il faut, ce n’est pas la volonté de croire, mais le désir de découvrir, ce qui est exactement le contraire. » (Essais sceptiques, Libre pensée et propagande officielle, page 178).

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